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Le chocolat noir est souvent perçu comme un allié du moral, riche en magnésium, en antioxydants et source de plaisir gourmand. Dans nos habitudes alimentaires, il reste un petit confort que l’on s’offre sans trop de culpabilité. Pourtant, une alerte récente, largement relayée par l’association UFC-Que Choisir, a semé le doute : la présence de cadmium, un métal lourd toxique, dans diverses marques de chocolat. Cette information a créé un véritable vent d’inquiétude chez les consommateurs. Faut-il pour autant arrêter de manger du chocolat ? Dans cet article, nous allons analyser clairement ce qu’est le cadmium, ses implications pour la santé et surtout comment continuer à savourer votre chocolat en toute sécurité, sans devoir faire de sacrifices inutiles.
Le cadmium est un élément chimique qui appartient à la famille des métaux lourds. Il se trouve naturellement dans la croûte terrestre, notamment dans certaines roches et les sols. Ce métal n’a aucun rôle physiologique chez l’être humain et est reconnu pour sa grande toxicité, même à faibles doses. Cette toxicité est renforcée par sa capacité à s’accumuler dans l’organisme, car il est très difficile à éliminer.
Dans le cas du chocolat, la contamination au cadmium provient essentiellement de la terre où poussent les cacaoyers. Le cacaoyer a en effet la capacité d’absorber par ses racines le cadmium présent dans le sol. Ce métal voyage ensuite vers les fèves de cacao, la matière première du chocolat. Plus la proportion de cacao est élevée dans une tablette, plus la quantité potentielle de cadmium sera importante. Ainsi, les chocolats noirs, qui contiennent beaucoup de pâte de cacao, concentrent naturellement davantage ce métal.
La concentration de cadmium dans les sols est loin d’être homogène partout sur la planète. Certains sols, comme ceux d’origine volcanique que l’on trouve en Amérique Latine (notamment au Pérou et en Équateur), sont beaucoup plus riches en cadmium. C’est la raison pour laquelle les chocolats issus de ces régions affichent souvent des taux plus élevés de ce métal. Un point important à noter est que l’origine géographique des fèves est souvent à relier à la teneur en cadmium, plus qu’au mode de culture bio ou conventionnel.
Un autre aspect surprenant est celui du chocolat bio. On pourrait penser que le label bio garantit un produit "plus pur" et moins contaminé, mais ce n’est pas toujours le cas pour le cadmium. En effet, certaines filières bio et équitables s’approvisionnent essentiellement en Amérique Latine, là où le sol est naturellement riche en cadmium. Cela peut expliquer que certains chocolats certifiés bio aient plus de cadmium que des chocolats conventionnels issus d’autres terroirs. L’agriculture biologique n’utilise pas d’engrais chimiques qui pourraient être une source additionnelle de ce métal, mais ne peut rien face à la composition naturelle des sols.
Le cadmium est classé comme cancérogène avéré par le Centre International de Recherche sur le Cancer. Le principal danger de ce métal lourd vient de sa capacité à s’accumuler dans le corps humain, notamment dans les reins et les os, où il peut rester pendant des années. Cette accumulation peut entraîner des lésions rénales graves et perturber le métabolisme du calcium et de la vitamine D, augmentant le risque d’ostéoporose.
Les enfants sont des populations particulièrement vulnérables aux effets toxiques du cadmium. En raison de leur poids corporel plus faible, la dose de cadmium absorbée par kilogramme est donc beaucoup plus importante, ce qui augmente leur exposition relative. Par exemple, deux simples carrés de chocolat noir (environ 20 grammes) peuvent représenter jusqu’à 85% de la dose hebdomadaire tolérable pour un enfant de 30 kilos. Il faut donc être vigilant à la quantité et à la fréquence de consommation chez eux.
Le chocolat n’est pas la seule source alimentaire de cadmium. On trouve aussi ce métal dans de nombreux autres aliments courants tels que les céréales (pain, pâtes, biscuits), les pommes de terre, certains légumes, les abats, voire les fruits de mer. Pour les non-fumeurs, l’alimentation représente environ 90% de l’exposition totale au cadmium. Le risque majeur provient donc de l’addition des différentes expositions, phénomène appelé « effet cocktail ». Cela signifie que même si chaque aliment respecte individuellement les normes, la somme des apports peut dépasser les seuils de sécurité.
Face aux risques liés au cadmium, la première recommandation est la modération. Pour un adulte, consommer un à deux carrés de chocolat noir par jour (environ 20g) reste raisonnable et permet de profiter des bienfaits sans s’exposer inutilement. Pour les enfants, la vigilance doit être renforcée en limitant la fréquence et en évitant le cumul de plusieurs produits chocolatés au cours d’une même journée.
Le second levier important est le choix des tablettes en fonction de l’origine géographique du cacao. Privilégier les chocolats issus d’Afrique de l’Ouest (Côte d’Ivoire, Ghana, etc.) est conseillé, car les sols y sont généralement moins contaminés par le cadmium. En revanche, il convient d’être prudent avec les chocolats provenant exclusivement d’Amérique Latine, surtout en cas de consommation régulière.
L’information sur l’origine du cacao n’est pas toujours facile à trouver sur les emballages. Pour faire un choix éclairé, il faut souvent fouiller la liste des ingrédients ou les descriptions au dos du paquet. Les marques de chocolat de qualité mettent souvent en avant cette information. Il est donc important de ne pas se fier uniquement au label bio, mais de croiser ces données pour limiter le risque.
Enfin, la diversification alimentaire est un principe fondamental pour réduire la charge globale en cadmium. En variant les aliments consommés, on évite de concentrer l’exposition sur une seule source. Alternez les céréales, les légumes, les légumineuses, les produits à base de riz et le chocolat pour ne pas favoriser l’accumulation d’un seul métal.
Le cadmium dans le chocolat est un sujet sérieux. Le chocolat reste un plaisir alimentaire valable, à condition d’adopter des réflexes simples : modérer sa consommation, choisir ses tablettes en fonction de l’origine des fèves, et varier son alimentation. En devenant un consommateur informé et conscient, il est tout à fait possible de continuer à apprécier le chocolat.
Grégory Faitot, diététicien nutritioniste et coach sportif en ligne, à domicile à Vidauban et alentours.